mercredi 18 décembre 2013

Une participation écrite de Julien au concours Martyrs d'Oliver Peru.

Un beau texte qui risque de spoiler l'histoire du livre I à ceux qui ne l'ont pas lue mais qui vaut le détour :-)

Alors que l’aube se lève enfin et que l’encre manque à ma plume, j’hume le doux parfum d’un nouveau jour. Ici bas, le temps passe et rend ma vie, chaque jour plus lasse, comme prisonnier à Tanterelle. Peut-être est-ce un battement d’aile pour toi, mais ici tout s’écoule au ralenti. Dans la foule de mes souvenirs, tu es le phare auquel je peux tenir. Vois, ce que tu as fait de moi, ma Ronce : Moi qui avais des mains faites pour tuer, dans le plus grand silence, avec la plus petite souffrance. Je me surprends à aligner ces mots, pour soulager mes maux, pour alléger la peine qui est la mienne. Combien de fois ai-je écris cette lettre, de tout mon cœur, de tout mon être. Chaque nuit, je fais le même trajet. Celui que j’ai vécu. Celui que je vais vivre, celui que je veux revivre à tout jamais. Je ne suis qu’une ombre parmi tant d’autres, dans la grotte des Poissons Nuits. Et pourtant, chaque nuit, je sors de ces ténèbres, pour revivre mon unique rêve. Celui où tu es à mes côtés à t’émerveiller, du plus petit des sentiers, de la plus commune des senteurs. Peu importe l’heure, je ferme les yeux et te revois, comme si tu ne m’avais jamais quitté. Mais la vision n’est qu’éphémère et s’évanouit dans l’air en un éclair. Avec espoir, mon regard fouille le noir, pour te revoir et continuer d’y croire. Ma vue est fine et perçante, mais plus je cherche et moins je trouve. Ton absence est blessante. Sans détours, je parcours les pavés, les rues et les ruelles. A ta recherche, ma Belle, ma Ronce. Pour une seule once de ton parfum. Mais tu n’es pas là, tu n’es plus là pour guider mes pas. Avant de rendre les armes, avant que les larmes ne coulent en un triste torrent. J’enfourche le premier cheval et avale les kilomètres avec une seule idée en tête : te retrouver, Ronce de mon cœur. La colline des Ensorceurs m’accueille au cœur de la nuit. Sans un bruit, je me faufile au fil des ombres de ce monde. Le roi des Rats est encore là et contemple les yeux éteints du roi d’Etain. Le roi Serpent rampe au fond de la gorge du roi Dragon. Aucun d’entre eux ne me fait peur, car j’ai vu la vraie terreur. Sous sa couronne d’argent et de rubis, le vrai Roi murmure tout bas : Pourquoi ai-je fait cela ? Pourquoi vouloir changer l’avenir ? Pour le meilleur ? Non, pour le pire ! Je n’ai pas pu me retenir. Je voulais à nouveau te toucher, contre moi te tenir. En fait, j’ai tout gâché ! J’ai trop joué avec le destin et tu t’es perdue en chemin. Peut-être seras-tu là ? Demain matin ? Sur l’esplanade, pour une ballade ! C’est alors que je comprends, Lui aussi est prisonnier du Temps, mais il n’a pu se résoudre à attendre la fin des temps. Connaître à l’avance les évènements, être privé de tout jugement, tel est aussi mon fardeau. Ne pas pouvoir briser le sceau du destin, pour dès ce soir retrouver ta main. Le joueur de carte qui tire les chaînes, a plus d’un tour dans le velours, de sa lourde main. Et si demain je ne change rien qu’une seconde, et qu’il déchaîne sa haine, c’est à jamais que je te perdrais. Même si c’est dur, je sais que notre amour est pur. Malgré l’attente, la tentation, je garde l’espoir, que ce soir-là viendra bientôt. Les mots me manquent, comme ta présence, sans toi rien n’a de sens. Alors en t’attendant, je retournerai ciel et terre, de l’ombre à la lumière, pour te faire le plus beau des palais. A la hauteur de mon attente, à la hauteur de notre amour qui grandit de jour en jour…
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